December 3, 2005...9:05 pm

Je suis ou je fais?

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Décidément, je ne me ferai jamais à l’idée que l’on soit d’abord défini par ce que l’on fait. Bien sûr que c’est le cas ! N’est-ce pas la première question que l’on vous pose quand vous rencontrez un(e) inconnu(e) « tu fais quoi dans la vie » ? Ce qui me dérange profondément c’est lorsque, par automatisme, on répond, par exemple : « je suis comptable ». N’y aurait-il qu’une définition du mot “comptable”. J’en vois au moins deux. Première possibilité : mon être se résume à tenir les comptes des autres. C’est, en tous cas, ce que l’on pourrait imaginer comme interprétation spontanée, surtout si personne ne renchérit en demandant « et quoi d’autre dans ta vie ? ». Deuxième traduction envisageable : je compte ce qu’il me reste comme beaux moments lorsque je ne compte pas pour les autres. Cela fait un peu triste quand même. Surtout si auparavant on a répondu “expert-comptable”. Dans tous les cas que de confusion !!! La langue française, si riche et si chèrement vénérée, de même que notre philosophie occidentale, n’auraient-elles rien d’autre à nous proposer ? Certes un « je fais » ne pourrait pas toujours sonner avec charme à l’oreille. Certes, l’expression habituelle donne des indications sur le parcours intellectuel, le salaire, le degré d’indépendance, la valeur globale de la tenue vestimentaire portée (accessoires et bottes compris), le réseau social, et j’en passe. Et certainement, elle convient au genre pathétique et imbécile qui se croit supérieur à la moyenne pour être devenu, par exemple, un financier hors pair, parce qu’il a eu l’ « égo-attitude » adéquate, et qu’il n’a rien d’autre pour définir et remplir sa vie. D’autre part, que comprendre dans le cas où le job ne reflète pas du tout les goûts, les préférences, ni même une vraie passion, parce qu’il n’y avaient pas d’autres alternatives que de le prendre ce-dit boulot ??? hein?….Ha !! Ha!!! Répondez donc à cela!

 

A partir de ce constat, je propose que l’on cesse de définir les autres à partir de ce qu’ils font (sauf s’il s’agit de gens “artistes” qui, de leur être tout entier, accordent naturellement vies intérieure et extérieure), qu’on laisse de côté les questions plates et d’une banalité plus qu’ennuyeuse, et que l’on ose plutôt un « tu es qui ? » ou un « bonjour, moi c’est Emilie, je suis curieuse, sportive et enjouée, et je fais du 9h/6h du lundi au vendredi”.


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